Lancôme déploie en boutique un diagnostic cutané express basé sur l’impression cellulaire : l’examen promet de livrer en quelques minutes un profil moléculaire de la peau pour orienter les soins. À l’heure où la personnalisation devient un argument commercial majeur, cet outil soulève autant d’intérêt que de questions sur sa fiabilité et le traitement des données biologiques.
Lancôme mise sur le bioprint pour décrypter la peau
Présenté comme une technologie de pointe, le dispositif résulte d’un partenariat avec la start-up coréenne NanoEnTek. Le protocole dure environ cinq minutes : une esthéticienne pose un patch adhésif sur la zone des pommettes pour prélever des cellules superficielles. L’échantillon est transféré dans un liquide puis déposé sur une carte à puce, insérée ensuite dans le boîtier appelé Cell BioPrint, qui réalise l’analyse.
Un équipement annexe prend des photographies pour recouper l’examen moléculaire avec les signes visibles de la peau. Le résultat est rendu sous forme de scores pour plusieurs paramètres biologiques — des indications qui, selon la marque, servent à mieux cibler les produits proposés.
Ce que mesure l’analyse
- Équilibre du microbiome : indicateur de la diversité microbienne et de l’écosystème cutané.
- Micro-inflammation : traces d’une activité inflammatoire chronique à bas bruit.
- Cohésion de la barrière cutanée : aptitude de l’épiderme à se protéger et à retenir l’eau.
- Hydratation : état de l’hydratation cellulaire et de la capacité à capter l’eau.
- Capacité de réparation : marqueurs liés aux mécanismes de réparation et de renouvellement cellulaire.
Chaque critère reçoit un score chiffré. Ces valeurs reflètent l’état cellulaire au moment du prélèvement, elles ne constituent pas une mesure permanente.
Atouts pratiques et limites à considérer
Points positifs : l’examen est rapide, peu invasif et peut enrichir le diagnostic visuel classique — surtout pour les consommateurs en quête d’une routine sur-mesure. Le format boutique facilite l’accès à ce type d’évaluation.
Mais plusieurs réserves demeurent. Les scores peuvent varier en fonction du moment (alimentation, sommeil, exposition solaire, traitements). La reproductibilité et la validation clinique de ces biomarqueurs dans un contexte cosmétique ne sont pas toujours publiquement documentées.
Sur le plan éthique et pratique, il est important de poser quelques questions avant de se faire analyser :
- Quel est le coût de la consultation et des analyses ?
- Les données biologiques et les images sont-elles conservées, et pendant combien de temps ?
- Les résultats servent-ils uniquement à conseiller des produits ou sont-ils partagés avec des tiers ?
Pourquoi cela compte aujourd’hui
Les marques multiplient les outils technologiques pour séduire des clients qui demandent de la personnalisation. Mais l’arrivée de diagnostics à base de prélèvements cellulaires change la donne : elle transforme un parcours beauté en interaction biomédicale légère, avec des implications concrètes sur la confidentialité et l’interprétation scientifique des résultats.
En l’état, cet outil semble utile comme complément d’information. Pour devenir un véritable atout médical et consumer-friendly, il devra toutefois s’appuyer sur des validations indépendantes et une transparence totale sur la gestion des données.